Il y a quatre ans, ma descente aux enfers avait commencé parce que je ne me faisais pas confiance. Je ne faisais pas confiance à mon intuition. Je ne m’écoutais pas. Je me mentais à moi-même et donc aux autres. Le mensonge nous coupe de ce que nous sommes et de la réalité tandis que la vérité nous y connecte. Nous avons besoin de vérité comme nous avons besoin d’eau pour vivre.

Nos croyances font notre réalité. Elles conditionnent nos actions, attitudes, sentiments et rêves. Et bon nombre de croyances qu’on a sont irrationnelles. Au Maroc, on grandi dans la cave de Platon et c’est vraiment dur de sortir vers la lumière. On se retrouve vite pointé du doigt. On se retrouve vite le protagoniste des petites conversations. On se retrouve vite jugé à tord et travers. Ce chemin vers la lumière brûle mais il en vaut tellement la peine. En tant qu’être humain, notre dignité consiste en la pensée. Le procès de Socrate est une leçon de dignité. Parce qu’il dérangeait, il a été condamné à mort. Sa vie aurait pu être épargnée s’il arrêtait de penser publiquement. Selon lui, c’était ça la véritable mort.

C’est comme ça que je me suis sentie. Morte d’avoir fait des choix sans écouter qui je suis… sous prétexte que ce que je suis réellement ne convient pas à la société. Nietzsche a raison. En dessous de chaque masque, nous en avons un autre. Nous en avons un pour chaque contexte et occasion. J’en ai confectionné des tonnes. Un peu comme au théâtre. Je me souviens de moi descendre en jellaba à Derb Omar parler à des grossistes avec une darija crue. Je me souviens de moi assise dans un salon à prétendre que j’avais quelque chose en commun avec les gens en face de moi. Je me souviens de moi discuter du vide dans des soirées mondaines. Je me souviens de moi chercher l’approbation de RH incultes. Bla bla bla. Sauf qu’à force de porter des masques, mon vrai visage s’effaçait. Je n’avais plus aucune dignité. J’avais juste au fond de moi un profond malaise qui me donnait la nausée de tout et tout le monde.

« Diseases of the soul are more dangerous and more numerous than those of the body » – Cicero.

La violence de multiples échecs dans ma vie m’ont réveillée. J’ai réalisé que ces échecs sont la conséquence directe de refuser d’être Moi pour plaire aux bourreaux d’en face. Je me suis dit que mon temps est précieux et mon énergie est limitée dans cette vie. Je me suis dit que je me dois d’être Moi pour m’accomplir pleinement.

Les bruits de couloirs disaient que j’avais vraiment changé. Forcément. Sans aucune surprise, on m’a appelé difficile, froide, hautaine, ridicule, pute, grosse pute, grosse putain de pute, irréaliste, folle, pourrie gâtée, désagréable, horrible, détestable, Satan, terrifiante, trois fois rien, trois fois trois fois rien, trois fois trois fois trois fois rien, condescendante, monstre, arrogante, cruelle, merde, ignoble ¬– une vraie connasse quoi. Coupable, je suis. Soit. Mais je n’ai pas essayé de remettre ces masques en papier. Ma dignité était en jeu et la vie en était le juge.

Depuis que je suis Moi, je me sens libre. Tout ce que je fais à un sens qui participe à la concrétisation de Mes rêves et non ce que la société aurait voulu de moi. Tant pis si mon Moi ne rentre pas dans le moule. Ce moule servira à de la gelée verte. J’ai choisi de m’entourer que des bonnes personnes, fermer la porte à celles qui ne me correspondaient pas et laisser partir celles qui en avaient envie sans difficulté. Tous les jours ne sont pas roses, mais au moins, je suis pleine de vie.

Pour cette nouvelle année, je vous souhaite d’être vous même et, donc, d’être digne. Je vous souhaite de remettre en question vos croyances. Je vous souhaite de ne pas suivre de fausses croyances. Je vous souhaite d’écouter la vie et non l’obscurité de la cave. Je vous souhaite de croire à la Lumière. Je vous souhaite de jeter tous vos masques. Je vous souhaite de vous trouver si ce n’est pas déjà fait. Je vous souhaite de vous faire confiance. Je vous souhaite de poursuivre le savoir et non les pacotilles. Je vous souhaite de développer vos talents. Je vous souhaite de vous accomplir. Je vous souhaite d’être heureux. Je vous souhaite d’être vrai. Peu importe à quel point ça paraît fou de poursuivre un chemin incertain, la vérité est l’unique source du bonheur. Elle est ce merveilleux chemin incertain. Elle est en chacun de nous. Poursuivez-là. Et pour finir, je cite une phrase juste de Montaigne : « notre glorieux et grand chef d’œuvre c’est de vivre à propos. » Bonne année à tous.

De la part d’une vraie connasse, à l’autre bout du monde, qui vit pleinement. (Il était grand temps!)